CLICANOO.COM | Publié le 24 mars 2009
Vous avez dit trop cher ? À l’image des milliers de Réunionnais qui, chaque jour, ont l’impression de payer trop cher leur litre d’essence, la mission sur le prix des carburants dans les DOM vient de conclure à un abus des compagnies pétrolières et de la SRPP. Dans son pré-rapport, rendu ces jours-ci à cinq ministères, elle estime que les prix à la pompe sont surestimés de trois centimes d’euro sur l’essence sans-plomb et sur le diesel. Ce surplus est dû aux marges des compagnies pétrolières, au coût du stockage et aux frais amonts, vraisemblablement les prix d’achat et de transport des carburants jusqu’à la Réunion, tous deux assumés par la SRPP. Ce surcoût ne serait pas le seul supporté par les Réunionnais. La mission stigmatise également le modèle de distribution par rapport à la métropole. Selon elle, le montant des marges des pétroliers et des stations service est, au total, deux fois plus important ici qu’en métropole : comptez 21 centimes d’euros de marge à la Réunion contre un peu plus de 10 dans l’hexagone. La mission précise toutefois que la fiscalité sur les carburants est moins élevée dans les Dom qu’en métropole. Rassurez-vous, la Réunion garde la fiscalité la plus forte avec la Guyane.
70 % d’emplois supprimés
Mais l’évaluation la plus délicate faite par ces experts est le surcoût entraîné par le nombre élevé d’employés dans les stations service. À la pompe, le coût de ces 1 350 personnes se traduit par une augmentation de 5 centimes au litre. L’addition de ces surplus augmenterait donc le prix à la pompe d’une dizaine de centimes. Mais les Réunionnais sont-ils prêts à grossir les rangs des chômeurs pour économiser quelques dizaines d’euros supplémentaires chaque année ? À chacun sa réponse... et sa conscience. De leur côté, les membres évoquent timidement une libéralisation des prix à la pompe mais pas à l’achat ni lors du stockage. La SRPP garderait ainsi son monopole. Les grands perdants seraient les pompistes qui seraient licenciés au profit de la généralisation du libre-service et des pompes automatiques. En économisant sur la masse salariale, la mission espère développer la concurrence entre les pétroliers. En contrepartie, elle préconise une politique rigoureuse contre les ententes sur les prix, l’affichage des tarifs à l’entrée des stations service comme cela se fait en métropole et un relevé régulier des prix publiés sur Internet. À terme, on peut donc imaginer comparer le prix du litre d’essence station par station depuis son ordinateur avant de se déplacer pour faire le plein. Mais le prix à payer pour ce petit confort est élevé. La mission estime à 70% le nombre de pompistes mis au chômage mais n’évalue pas la baisse du prix du carburant. Elle anticipe des “effets incertains sur le nombre d’opérateurs”. Autrement dit, la disparition de plusieurs stations service. Là aussi, aucun chiffre n’est avancé.
Plus de transparence
La mission s’est toutefois efforcée de proposer des solutions moins radicales que la libéralisation des prix. Elle avance la possibilité de modifier les prix tous les mois et non tous les deux mois comme c’est le cas actuellement. Cette mesure aurait la vertu de limiter l’incompréhension sur la formation des prix voire même d’éviter des conflits comme celui de novembre dernier avec les transporteurs. La mission va ensuite plus loin dans ses propositions et entre dans les détails techniques. Au-delà d’une meilleure transparence sur les prix, elle demande à veiller “à l’absence de subventions croisées entre l’activité d’importateur-distributeur par la SRPP”. Ce dernier point, beaucoup moins médiatique que les autres, permettrait d’y voir plus clair dans la comptabilité de la SRPP qui garde secrètes de nombreuses données. Hier, celle-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations...
Pourquoi on n’aura jamais les prix métropole
Les experts de cette mission évoquent dans ce pré-rapport la possibilité d’adapter les prix de la métropole à la Réunion. “Un scénario de péréquation présenterait plusieurs difficultés”, jugent-ils. La première raison est l’impossibilité d’obtenir une référence tarifaire unique en métropole. Si un tel système était adopté, il faudrait modifier les prix tous les jours comme c’est le cas en métropole. S urtout, il risquerait d’aboutir à une aberration qui consisterait... à subventionner les compagnies pétrolières : “la structure des prix hétérogène (taxe, marges de distribution, coût de stockage) nécessitant un système de compensation complexe entre les différents acteurs et notamment des subventions aux compagnies pétrolières”.
Les Antilles perdraient également des emplois
La situation aux Antilles est similaire à celle de la Réunion. En l’absence de libre-service et de pompes automatisées, le nombre d’employés est plus élevé qu’en métropole. Et ces emplois ont un coût, directement répercuté sur le prix à la pompe. Les 1 000 emplois concernés en Guadeloupe coûtent environ 8 centimes par litres, contre 4,4 centimes en Martinique (1 350 emplois à la Réunion pour 5 centimes d’euros, en plus, au litre). En revanche, le surcoût aux Antilles peut s’expliquer par le mode d’approvisionnement. Le carburant utilisé en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, provient d’une raffinerie en situation de monopole, la Sara. Créée en 1967, cette dernière ne serait pas rentable selon les conclusions de la mission. Du fait de sa petite taille, l’entreprise ne peut raffiner qu’un million de tonnes de pétrole brut, contre sept en moyenne dans les autres raffineries françaises, ce qui entraîne des coûts fixes importants. Conséquence : le surcoût moyen de production de la SARA s’élève à 19 centimes sur le supercarburant et 11 centimes sur le gazole. Pour tenter d’y remédier, la mission envisage de privilégier l’approvisionnement direct en produits finis en Europe du Nord plutôt que le raffinage sur place. Cela permettrait un gain de 15 à 17 centimes sur le supercarburant et de 7 à 9 centimes sur le gazole. Une mesure qui menacerait au passage 480 emplois directs et indirects.
Jean-Philippe Lutton
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