LE MONDE | 15.04.09
Les clients des hypermarchés de la Martinique ont pu, mardi 14 avril, commencer à acheter les 400 articles sur lesquels une baisse des prix de 20 % est effective. Dits de première nécessité, ils vont des pâtes (16 références) à la confiture en passant par les brosses à dents (4 différentes) - mais le rhum et la bière ont disparu de la liste initiale. Ces baisses sont signalées par des affichettes et un logo "BC ba" ("baissez bas") inspiré d'un pas de danse antillais.
"C'est un tour de force logistique", assure Pierre-Valéry Bazin du groupe Cora-Match. Tout a été prévu, à commencer par la rupture de stock sur un produit qui serait alors immédiatement remplacé par un autre équivalent, au même prix ou... meilleur marché - en aucun cas plus cher. "Nous avons la volonté de pérenniser la liste", ajoute Patrick Daniel d'Hyper U. Mais, pour le moment, les acheteurs croisés dans les rayons ne bousculent pas.
Les baisses de prix, prévues pour trois ans, ont été longuement et âprement discutées par la grande distribution et le Collectif du 5 février, qui a paralysé l'île pendant plus d'un mois. 14 % sont à la charge des enseignes, 4 % supportés par la Région qui a réduit la taxe d'octroi de mer, 2 % est du ressort des compagnies de transport. "Il faut que cet accord vive", affirme, conciliant, Jean-Michel Jean-Baptiste, l'un des leaders de ce qu'il appelle "le soulèvement". Mais il poursuit : "Nous serons vigilants."
Le climat reste tendu. Le Collectif affirme que des prix ont augmenté depuis la réouverture des magasins, ce que nient les commerçants. "On peut dire ce qu'on veut, se désole Olivier Pellin, directeur de Carrefour de Fort-de-France appartenant à Bernard Hayot, première fortune martiniquaise, ils sont convaincus du contraire."
Il a même mis à la disposition de sa clientèle un gros volume détaillant ses prix certifiés par un huissier. Rien n'y fait. Des comités populaires de contrôle s'affichent sur les parkings. "Il faudra bien un jour qu'ils nous respectent", avertit une militante. "Sinon, nous saurons nous faire respecter", renchérit Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM.
"PROFITEURS"
La crise a provoqué une suspicion générale. L'ensemble des chefs d'entreprise est étiqueté "profiteurs". L'un d'eux raconte que, chez lui, "les négociateurs d'hier se prennent pour les patrons d'aujourd'hui, paradant dans les services en s'enquérant des décisions qui y sont prises".
Des métropolitains jettent l'éponge et abrègent leur séjour. Des maisons seraient à vendre au Cap Est, quartier du François sur la côte atlantique, baptisé Békéland pour sa forte concentration de descendants des colons esclavagistes.
Dans ce contexte, les états généraux qui s'ouvrent samedi 18 avril et que Nicolas Sarkozy a voulus "sans tabou" ne soulèvent guère d'espoir. Comme le LKP en Guadeloupe, le Collectif du 5 février a choisi d'être absent. Les autres acteurs y participeront, mais sans véritable enthousiasme. Ils font valoir que des réunions en tout genre ont déjà été organisées ces dernières années et que le gouvernement n'a qu'à s'en inspirer plutôt que d'ajouter un nouveau rendez-vous à l'issue incertaine. Les travaux sont prévus jusqu'à la mi-mai et s'achèveront à Paris. Il est un grand absent de cette agitation tous azimuts en Martinique : Aimé Césaire, dont on célébrera le premier anniversaire de la mort le 17 avril.
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