Martinique : Analyses et Commentaires | "La vie n’est pas un bol de toloman"

"La vie n’est pas un bol de toloman"

St Claude, le 13 mai 2009

Je viens de recevoir d'une amie que j'estime une pétition qui crie au sauvetage du Cinéma d'Arbaud... Depuis quelque mois, j'ai l'impression que mon pays s’enlise dans une tragicomédie bouffonne. Que chacun se rassure, Toto et Gillot sauveront le d’Arbaud avec notre argent (one more time !) car tactiquement, le coup politique est trop beau et permet de couper l’herbe sous le pied du LKP et de LMC. Mais posons nous honnêtement quelques questions ; si le d’Arbaud coule, n’est-ce pas parce que les Basse-Terriens, soudain farouchement déterminés à le sauver, n’y mettaient plus les pieds depuis fort longtemps ?

Les employés de cette entreprise n’étaient ils pas eux-mêmes en grève il y à peu ? Mais peut-être (comme une partie de la population Guadeloupéenne) se sont-ils cru miraculeusement exonérés des principes macro économiques élémentaires ? Il est vrai que depuis quelques mois nous sommes prompts à nous gargariser de jugements à l’emporte-pièce et d’aphorismes bon marchés du genre : « On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs ! » Posons nous encore cette question : Où est donc passée l’omelette ? car les oeufs cassés seront facile à trouver au tribunal de commerce et au Pôle Emploi… Enfin, tant qu’on à pas tué la poule aux oeufs d’or (= l’Etat = notre poche !) une farce bouffonne disais-je ?

Comme tous les guadeloupéens j’observe, je réfléchis et je m’interroge. Si je devais résumer en un mot ce qui nous freine individuellement et collectivement, je dirais AMBIVALENCE. Ce terme décrit bien, selon moi, notre capacité a affirmer avec conviction et aplomb que toute chose et son contraire sont vraies absolument et également valables quelles que soient la vitesse, l’espace et le temps ! Quelques exemples pour illustrer mon propos :

L’esclavage est la source de tous nos maux ! Mais c’est pourtant notre alibi systématique, notre manteau d’hermine opposable aux tiers. Inoxydable, qu’on vous dit ! Placez cet argument massue à chaque fois que vous perdrez pied dans une discussion ! Essayez, vous verrez, çà marche à tous les coups ! Rien de tel pour justifier tous nos échecs personnels et collectifs ! rien de tel pour obtenir l’adhésion inconditionnelle d’un frère noir ! rien de tel pour gagner la sympathie condescendante d’un blanc ! Et si ça ne suffit pas, enfoncez le clou avec un : « Blan la, kolonyalis fwansé, béké la, zendyen la, siryen la, ka ou vé fè mon chè, nou ka lité, » etc. etc. etc. l’esclavage est une réalité indéniable, un crime que nos ancêtres communs (blancs et noirs, acheteurs et vendeurs) ont commis de concert. Je ne le justifierai jamais. Cependant je n’ai connu ni le Maître, ni ses fers, ni son fouet, ni ses chiens… je ne m’en plains pas. Ils ne sont pas la source de ce que je suis, ils n’ont jamais été un frein pour mon corps, ni pour mon esprit. Je n’y pense que très rarement et ne crois pas être un cas isolé…

Tout noir qui ne soutient pas systématiquement un autre noir est un traître !

Et ce, en dépit des antagonismes d’intérêts particuliers, des clivages intellectuels, idéologiques ou socio économiques ! La couleur de l’épiderme comme signe de ralliement inconditionnel à n’importe quel bonhomme, pour n’importe quel combat ? pourquoi pas !

Seulement… avec quelle nuance de pigmentation ? « Fo pa i two fonsé, kan menm, hon ! pas fo toujou ou méfyé w dè nèg ! dèpi i pé fann tchou aw, i ké fan tchou aw !» On s’est compris ?

Nous sommes français par la force des choses, mais guadeloupéens avant tout !

Mais nous ne brûlerions pour rien au monde nos cartes nationales d’identité (pas folle, la guêpe !) L’objectif le plus courant pour nous n’est il pas de devenir fonctionnaire ? A chaque fois que s’amorce le début du commencement d’une amorce de départ de préambule de débat sur l’autonomie, la souveraineté, l’auto gouvernance, la libre détermination, un pouvoir politique local fort, bref, appelons un chat un chat : l’Indépendance ou quoi que ce soit qui y mène vraiment, tout moun ka flipé ! (y compris nos nationalistes les plus endurcis…) peu importe que la proposition vienne de nous ou du soi-disant Eta kolonyalis fwansé, soudain, nous guadeloupéens, ne voulons plus rien savoir ! Et le pseudo « conscientisé » de rétorquer naïvement : « dès qu’on veut faire valoir nos droits fondamentaux à partager les valeurs inaliénables de la république, on nous demande de prouver notre attachement à la France ! Y’en à marre à la fin ! » Qui disait déjà que l’esclavage duquel nous sommes issus ne nous donne que des droits et aucun devoir ? Je pense (Et ça n’engage que moi) que refuser uniquement en paroles sa nationalité française c’est fuir le véritable combat :  l’assomption de toutes formes de responsabilités en tant qu’hommes et femmes, citoyens républicains et démocrates à l’échelon national. Je pense (et ça n’engage que moi) qu’afficher une posture de lutteur crypto indépendantiste en hurlant après un loup dont personne n’a jamais vu la queue, c’est au mieux jouer a se faire peur, au pire manipuler plus bête que soi pour obtenir son avantage particulier. Comme je connais mon Histoire j’admets toutefois que c’est toujours payant… tant pis pour les idiots.

Débouya pa péché ! ou « l’occasion fait le larron ». Nos plus grandes figures mythiques ne sont, à ma connaissance, ni Solitude, ni Delgrès ni Gerty Archimède. Je pencherais plutôt (et ça n’engage que moi) pour Konpè Lapen ! Vous  savez, ce petit rongeur sympathique, rusé, débrouillard, qui finit toujours par couillonner tout le monde, ses amis comme ses ennemis ? On ne le voit jamais venir car rien n’est plus inoffensif qu’un lapin ! Notre héros local sait toujours tirer profit de tout et de tous. Il n’a pas le choix car il est réaliste, il sait bien que pour survivre le faible ne peut que s’adapter et faire feu de tout bois ! peu importe qui servira de bois ! Fainéant, cocagneur, noceur, de mauvaise foi mais au fond tellement divertissant… vous vous reconnaissez là-dedans, vous ? Considérer -entre soi- comme admirable ce personnage emblématique d’une époque révolue revient à valider des clichés dénigrants que nous n’accepterions de la bouche d’aucun blanc. Médité si sa, vyé fwè, ou péké ped tan aw !

Pa ni pwoblèm, Sé nou mèm ! Quand cette proposition signifie : « T’inquiète pas ma soeur, je ne te laisserai pas tomber, nous triompherons ensemble des difficultés quelles qu’elles soient », je suis d’accord. Par contre si il faut l’entendre comme : « Je suis en retard mais c’est pas grave », ou « Tonton m’a donné le poste. J’ai pas la qualification et encore moins la compétence mais on s’en fout, on est entre nous ! », ou mieux : « On va foutre le pays dans un caca phénoménal sans se soucier des conséquences sociales, économiques ou politiques à long terme parce qu’au pire y’aura qu’un ou deux inutiles qui se retrouveront au chômage, mais qui trouveront toujours deux trois fouyapen à manger sur le bord de la route (pas moun paka mo fen an Gwadloup!) » je ne suis vraiment, mais alors vraiment pas d’accord ! Et là, le bât blesse… En Guadeloupe, « provisoire » signifie permanent tout comme « permanent » est synonyme de provisoire. L’Illusion et le Paraître règnent sans partage. On s’accommode de tout, on s’habitue, on s’endort et puis un jour, c’est la Passion , le feu qui dévore tout : ça pète ! (prouvez moi le contraire.) Et puis après une bonne suée, un bon déboulé, des chants, des cris, des pleurs et puis du sang, on reprend les mêmes, on recommence et tout redevient EXACTEMENT comme avant ! Pa ni bwi ! Sé nou menm ! entre-temps, l’horloge tourne…

En conclusion, un cas d’école: Combien de temps un corps x peut il tourner en rond sans subir les effets de la force centrifuge ou de la force centripète ? En d’autres termes : La politique du « cul entre deux chaises » est elle viable à moyen-long terme sans qu’aucun choix ne se précise? Un imbécile a dit : « L’émotion est nègre, la raison est Hellène ». Rien ne nous oblige à lui donner raison. L’éducation que j’ai reçue de mes parents pourrait se résumer à ces quelques principes très simples en apparence :

- Développe ton intelligence et ne cesse jamais de t’instruire

- La vie n’est pas un bol de toloman, sé dèyè konba ki ni konba

- Témoigne du respect à chacun et exige qu’il te le rende

- Rien ne t’oblige à penser comme tes amis

- Ne compte que sur toi et n’attend rien de personne

- Méfie toi des flatteurs

- Tout ce qui brille n’est pas or

- Ne laisse personne te dire que tu n’es pas capable

- Travaille beaucoup, amuse toi peu 

- Tu es maître de ton destin, encore faut-il que tu le saches

- Lis, voyage, rencontre du monde et fais toi ta propre opinion

- Assume tes choix, prend tes responsabilités

- Sois cohérent le plus possible et personne ne pourra t’arrêter

- Ne te contente pas d’être « moyen ».

Je ne suis ni riche, ni pauvre et n’ai aucune attache politique. Je suis d’abord un homme, libre, un artiste, puis un français, puis un guadeloupéen, puis un métis de noirs, de blancs et d’indiens Caraïbes. Aucun de ces termes ne me posent problème.

Je remercie tous ceux qui me connaissent bien de ne pas m’avoir abreuvé de propagande pour enfants depuis que le Désordre est Maître en Guadeloupe. Je demande aux autres, qui me connaissent moins bien, d’arrêter pour peu qu’ils souhaitent préserver notre amitié ou nos bonnes relations de travail. J’assume tout ce que j’ai écrit et comme à mon habitude, j’avance, c’est tout le mal que je souhaite aux hommes et aux femmes de bonne volonté. Si vis pacem para bellum !

Dominique DOMIQUIN

Publié sur Madinin-Art : http://www.madinin-art.net/socio_cul/dominique_dominiquin.htm

Posté le 21 mai 2009 09:26 par Milo | Commentaires (0)

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