La Martinique a certes connu cinq semaines de grève et blocages durs mais les partenaires sociaux, portés par une décennie de dialogue, ont négocié sans jamais claquer la porte et abouti à un accord clé unanime, un schéma très différent de la radicalité de la Guadeloupe, soulignent observateurs et protagonistes.
Dans les deux îles, « les bases des mouvements ont été les mêmes mais elles n'ont pas été portées dans le même esprit » affirme Danielle Laport, sociologue et directrice de l'Agence régionale de l'amélioration des conditions de travail (Aract). En Martinique, les revendications sur la cherté de la vie « ont été portées par les organisations syndicales agrégées avec des associations et des petits agriculteurs pour former le Collectif du 5 février » , explique Mme Laport.« Elles travaillaient sur ces sujets depuis un an et demi, et n'ont pas d'objectif politique » .
Le LKP guadeloupéen en revanche compte dans ses rangs des syndicats mais aussi « des partis politiques indépendantistes et révolutionnaires » , analyse la chercheuse. La « puissance concentrée de l'UGTG syndicat fortement identitaire » et son leader charismatique Elie Domota n'ont pas leur équivalent en Martinique où le Collectif a choisi comme président Michel Monrose (Unsa), un « modéré intègre » , ce qui a « beaucoup aidé à la résolution du conflit » et permis à chaque syndicat de garder un espace de parole, analyse André Lucrèce, sociologue spécialiste des sociétés antillaises.
« Il n'y a qu'à regarder les deux accords » sur les salaires, avance Eric Nouvel (CGPME) et président de l'Association pour la promotion et la modernisation du dialogue social à la Martinique (ADSM). « Celui de la Guadeloupe comporte un préambule politique qui parle « d'économie de plantation » et de « rente de situation ? » qui rebute le patronat tandis qu'ici c'est un accord signé par tous les partenaires » y compris l'aile dure du Collectif, la CGTM, souligne-t-il, pariant « sur son extension dans le même train que celui de la Guadeloupe bien que signé 15 jours après » .
Climat social moins heurté
Ce climat social moins heurté en Martinique a des racines historiques - les Martiniquais noirs ont toujours cohabité avec les « békés » depuis quatre siècles quand les Guadeloupéens les ont guillotinés en 1794 sous la Terreur entraînant une modification de la structure économique et sociologique - mais aussi récentes.
Tout le monde parle du conflit Toyota comme du point d'origine du dialogue social en Martinique. De mai à novembre 1999, une grève dure chez un concessionnaire sur des questions de salaires s'est achevée par le licenciement du gérant et du délégué syndical. « La société a été très marquée par ce conflit et après ce gâchis humain, les gens se sont dit : plus jamais ça » , raconte M. Lucrèce.
Pendant huit mois, patrons et syndicalistes ont voyagé ensemble pour découvrir les formes de dialogue social au Canada, en Espagne, etc, puis ont été créées en 2000 l'ADSM, en 2001 l'Aract et en 2007 l'Association des binômes médiateurs (un patron et un syndicaliste, tous deux martiniquais). Durant les négociations, « les habitudes prises avant ont permis d'établir des passerelles et de ne pas arriver forcément en pensant d'un côté ou de l'autre salaud de patron ou salaud de syndicaliste » se félicite M. Nouvel.
Pour autant, malgré cette quasi décennie de dialogue aucun accord n'a été signé avant février 2009, insiste Mme Laport, en regrettant que ça se soit « fait sous la pression » .
PS ajouté par le Blog [Crise en Martinique] :
Les Guadeloupéens n'ont pas guillotiné les békés de Guadeloupe. C'est le Gouverneur Victor Hughes, ancien du Comité de Salut Public de la Révolution Française qui guillotina plus de 4000 contre-révolutionnaires en 4 ans de 1794 à 1798, dont les békés de l'époque.
Qui était Victor Hughes (source Wikipédia) :
Victor Hugues (1761, 1826) est un révolutionnaire français qui gouverna la Guadeloupe de 1794 à 1798, émancipant les esclaves de l'île sous les ordres de la Convention nationale française.
Hugues est né à Marseille en 1761 et a été un colon à Saint-Domingue de fin 1780 à début 1790, où il s'imprégna des principes révolutionnaires. Il retourna en France à la suite des troubles dans l'île et devint procureur sous les ordres du Comité de Salut Public, à Brest et à La Rochelle. Après les décrets d'émancipation de Léger-Félicité Sonthonax et d'Etienne Polverel à Saint-Domingue, la Convention Nationale déclara l'abolition de l'esclavage dans tous les territoires français en février 1794, et nomma Hugues commissaire national en Guadeloupe.
L'île était sous contrôle anglais quand il arriva aux Caraïbes, car les planteurs et autres colons blancs avaient appelé la rivale impériale au secours afin d'éviter les effets des idées révolutionnaires et l'abolition de l'esclavage. Mais en ralliant les hommes de couleur libres et les esclaves, Hugues réussit à reprendre l'île.
Il gouverna pendant quatre ans, avant d'être rappelé en France en décembre 1798 par le Directoire. Pendant ce temps, il purgea l'île des contre-révolutionnaires, utilisant une guillotine envoyée de France. Et il travailla également à créer un régime économique post-esclavagiste viable dans lequel les plantations et habitations continuaient de fonctionner, notamment via le travail "forcé" des anciens esclaves.
Hugues, en autorisant les corsaires français à attaquer les vaisseaux américains, permit l'apport de nombreuses richesses à l'île mais aggrava une crise entre les États-Unis et la France, connue sous le nom de "Quasi guerre" aux États-Unis.
Grâce à une armée composée de soldats blancs, mulâtres et anciens esclaves, Hugues travailla à exporter la révolution dans les îles voisines, notamment la Dominique, Saint-Martin, la Grenade, Saint-Vincent et Sainte-Lucie.
En 1799, Victor Hugues fut envoyé en Guyane comme commissaire du Consulat, où il établit le travail forcé puis rétablit l'esclavage. Mais il dut quitter précipitamment la Guyane en 1809 suite à l'invasion des Portugais et fut accusé de trahison et incapacité. Il fut acquitté en 1814 et retourna en 1817 en Guyane, comme gouverneur puis simple citoyen. Il revint en France, à Bordeaux en 1826, où il mourut.