Martinique : Analyses et Commentaires | Pour des "Etats généreux"

Pour des "Etats généreux"

 

Contrastant avec les slogans rassis de l'internationale du "pouvoir d'achat", notre chœur imprévisible s'est formé contre la violence invisible du capitalisme et surtout pour ne pas déserter la beauté. Il me semble que les œuvres de l'esprit et de la création ont le devoir, l'urgence vitale, de se mobiliser ainsi en « Etats généreux ». Ni en marge, ni en haut d'une tour d'ivoire, notre regard et notre parole sont tout simplement la modalité de notre participation : car nous sommes prosaïquement et poétiquement partie intégrante du peuple, du tissu social de la Martinique et dans la capacité de susciter ensemble un autre imaginaire politique. 

 Il ne faudrait pas que le plain-chant des hommes et des femmes de haute taille s'étouffasse au profit du seul chant des petites grenouilles à la brune du soir. Les notions réapparues (interdépendances, économie relationnelle, etc.), de manifestes en projections ou en discussions, revêtent souvent depuis le temps qu’elles circulent la certitude proverbiale selon laquelle c'est avec de vieux canaris qu'on fait de bonnes soupes, ou qu'on découvre un nouveau monde. En vérité, la nouveauté du Traité pour le grand dérangement, ce petit séisme portatif au voisinage de la pensée du tremblement, c'est (pour parler comme Alejo Carpentier) le recours à la méthode.

Dans un pays crié Martinique qui souffre d'une insuffisance d'élaboration de son discours intérieur (surtout face aux gadgets constitutionnels du moment) et de tentations macoutiques, il s'agit d'un apport fondamental, d'une contribution non négligeable. Je ne pense pas, pour nous qui n'écrivons pas de tracts, que les impératifs du calendrier puissent concurrencer cette problématique de l'épiphanie de la parole démocratique et non téléguidée dans ce pays. Il vaut à notre mesure de relayer cette intention.

Post-scriptum :

Lui : J’aurai bien aimé comprendre, pourquoi cela t’excite autant. 60 ans après l’OJAM, on ne risque rien  à écrire des mots. Fussent-ils brillants. On ne risque rien !

 

Moi : Je pense tout simplement un peu comme Monchoachi (grand amateur de Lakou) que "le lieu est la parole", ce qui ne veut pas dire que les mots rejettent les combats comme ceux par exemple qu'a mené l'OJAM en son temps ; bien au contraire : une telle opposition me semble aussi absurde que l'exclusive des "armes miraculeuses" ; ce qui n'était pas le discours de Césaire qui disait que construire une école pour lui c'est aussi de la poésie. Mais la volonté de confiscation de la parole par les microfacismes, y compris antillais avec leur angélisme de façade, elle, n'a rien d'excitante à mon goût.

L'écriture — et cette vision n'engage que moi et mes amis peintres — est un médium parmi tant d'autres. Je me risque chaque jour à lire Édouard Glissant — qui explique que com-prendre à le double sens de prendre-avec ou de dominer —  ou encore à parler allemand et à expliquer à mes enfants, et à d'autres, leurs devoirs de mathématiques ; c'est aussi de l'engagement loin des puanteurs idéologiques du sacrifice et du sacrifié devant lequel il faut s'agenouiller. Et, tant pis si tout cela n'est pas politiquement correct pour le fascisme créole que j'ai dit. Oui, je ne privilégie pas la parole (mots de poésie baroque ou de slogans farouches) mais je la savoure il est vrai, hors mode d'emploi ; et puis, les datations qui me viennent au cœur vont au-delà et en-deçà des graffiti ou des pétroglyphes.

 

Lui : Je parlais de… “risque”.

 

Moi : Merci pour la précision. C'est un moindre risque justement que de jouer avec les mots plutôt que d'être joué par eux.

Ceux qui crient le plus fort sont rarement ceux qui pensent le plus haut, à supposer d'ailleurs qu'ils pensent. 

Penser vraiment est l'acte le plus difficile, le plus risqué à mon avis, car il consiste précisément à débusquer l'impensé qui sous-tend et commande à notre insu tous nos discours. Impensé des affects inconscients personnels et collectifs, impensé des innombrables a priori culturels d'ordre éthique, religieux, métaphysique et même scientifique, tellement incorporés au fonctionnement mental ordinaire qu'il devient presque impossible de les percevoir et de les analyser.

Par exemple, l'importation pure et simpliste du concept de grève générale dans notre très historique Grande Grève, dans ce pays de Martinique où les secteurs économiques ne sont plus reliés entre eux mais au cordon ombilical colonial (d'où les barrages routiers pour faire semblant d'être entre nous-mêmes),  n'a rien d'une prise de risque. C'est précisément pourquoi, non qu'il soit inutile, que je crois que le courage ne suffit pas.

 

Lui : Il y a eu CLAIREMENT  des actes de ce que tu appelles « fascisme créole » tous ces temps derniers et il y en aura d’autres à court-venir. Je n’ai rien lu à ce propos, sinon que les thèses de certains intellectuels qui ne sont pas forcément destinés à répondre d’urgence à ces situations dramatiquement urgentes.

Donc, pas de risque : CQFD…

 

Moi : À propos du "fascisme créole", je dit simplement qu'il vaut de poser la question de ces pratiques fascistes hélas inhérentes à la mouvance dite progressiste, au sens générique du terme et aux réactionnaires de tous bords. Ne pas la poser, urgences ou pas, c'est s'en accommoder. Pourquoi imposer le silence là-dessus, vouloir brocanter, et au profit de qui, la peste contre la malaria ? Serait-ce "contre-révolutionnaire" de questionner les conditions réelles des débats ? C'est facile de se fabriquer des bouc émissaires (békés, intellectuels-pas-pressés, "yo", homosexuels, artistes, etc.).

  Pour moi, je n'ai rien à démontrer, n'étant ni oracle ni dans aucun plan quinquennal prévu dans la confusion biblique entre les lettrés et les intellectuels ; surtout lorsque les politiciens s'en servent hypocritement comme "nègres", comme sales nègres littéraires, écrivains publics et logographes pour ne pas perdre la face au pays d'Aimé Césaire.

 

Manuel NORVAT

Posté le 16 avril 2009 02:14 par Milo | Commentaires (1)

Commentaires (1) -

Ysl France
Bla bla lassant à la longue.
16/04/2009 03:44:16 #

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