Martinique : Analyses et Commentaires | Un enfant qui naît en 2009 aura 21 ans en 2030...

Un enfant qui naît en 2009 aura 21 ans en 2030...

Un enfant qui naît en 2009 aura 21 ans en 2030 et c’est un Homme du XXIème siècle.

Il est l’heure...

Crise de février 2009, lame de fond, mouvement fondateur qui arrive dans un contexte d’instabilité internationale et qui pourtant était annoncé… Ruptures. On ne pourra plus regarder notre société sans l’interroger par notre propre vision. Il nous faut réinventer « l’utopie fondatrice » en ce lieu Martinique, île des Caraïbes, prise dans la nasse du Monde.

Cette crise est un grand cri qui veut dire non aux archaïsmes passés et aux inégalités structurelles et sociales qui font offense au XXIème siècle.

Cette crise est une mise à plat où l’on décortique, où la parole est débridée et interroge les différents pans de notre société pour construire celle de nos enfants.

Temps mort permettant l’analyse globale.

« Oh mon corps fais de moi toujours un être qui interroge ! » Frantz Fanon, Peaux noires, masques blancs

Nous sommes notre propre fondement. Nous ne sommes pas là pour dénoncer quelqu’un d’autre que nous mêmes. Nous sommes là pour construire. Il est l’heure…de s’interroger sur notre identité martiniquaise, sur notre société de consommation, sur notre rapport à notre histoire, à la France, au Monde, à la Caraïbe, au travail, sur notre jeunesse, sur l’interdépendance, sur notre devenir…et créer notre utopie commune.

Quelle Martinique pour 2030 ?

Nous sommes issus d’un système esclavagiste. Mais nos penseurs nous ont clamé : « Nous n’avons ni le droit d’être noir ni d’être blanc. Il y a de part et d’autre du monde des hommes qui cherchent » Frantz FANON... « Personne n’est une île ». Nous sommes passés du jour au lendemain du rapport esclave / propriétaire, à « tous citoyens en théorie égaux » qui ont dû apprendre à vivre ensemble. Cela a entrainé un certain nombre de non dits et aujourd’hui, il ne s’agit pas de réconcilier la Martinique avec elle-même. Simplement, il n’y a pas de races. Peut être qu’il n’y a que des mouvements. Nous sommes principalement issus de l’Afrique, mais nous sommes également de tous les Continents. La réconciliation n’est qu’un choix parmi d’autres. Aujourd’hui, c’est ce qu’on construit dont il s’agit : une révolution utopique.

Aujourd’hui, « Neg’ », « Chabin », « Milat’ », « Z’indiens-coulis », « héritage Caraïbs » « Chin’ », « zoreil’ », « betché », « syriens », « pangnol », « ... »...Ça veut dire quoi ? Chaque visage est une facette de notre identité. Nous le savons, nous le vivons au quotidien. Il existe des générations issues de notre Histoire qui vivent le même lieu, qui côtoient la même culture et parlent la même langue : anciens esclaves, nouveaux- libres, descendants ou derniers des anciens colons et surtout n’oublions pas les enfants issus des vagues d’immigrés venus au pays pour travailler après 1848. D’autres encore...

Le « mélange corrompt » disent-ils, mais on ne fera pas comme ce vieux béké qui croit à son arbre généalogique. Il lui manque des branches à son arbre. Des branches de toutes les couleurs. Nous sommes en réalité ce pied bois aux racines multiples. Qu’on le veuille ou non.

Cette crise permet aussi à chacun de réfléchir à son implication dans la société. Au-delà des barrières que nous nous imposons. L’enfant qui vient de naître, on peut lui faire dépasser les classifications du passé, les clichés de part et d’autre.

Que faire de la diversité- mixité évidente ? La taire. Ou bien la dépasser en Tous Martiniquais... « Ouvrons-nous les uns aux autres » : d’accord mais en actes surtout et sans rapports de domination.

N’ayons pas peur.

Rappel du XXème siècle: « Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. Tout deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. » Frantz FANON, Peaux noires, Masques Blancs.

Voilà encore une barrière à franchir.

Quelle Martinique pour 2030 ?

2030, la montagne Pelée connaît ses premiers flocons de neige. Fort de France ressemble à une nouvelle Venise... des bateaux - taxis collectifs partout.

Tout d’abord, au sortir de cette crise les changements ne seront pas fulgurants.

Mais la parole est ouverte, des collectifs divers se montent : moun lari, gens des mornes comme fonctionnaires, divers moun matnik, les « jeunes » et « anciens » aussi, des hommes de bonne volonté se rencontrent et s’investissent dans une réflexion prometteuse pour réinterroger le système. Ce sont ces réflexions marronnes, au-delà des clichés de part et d’autre, qui imaginent 2030 et les changements réels opérés à partir de 2010. La Martinique naissante...la nouvelle relation.

Ces Hommes ont ainsi décidé de valoriser leur histoire en faisant du mois de février 2009, l’un des « mouvements-vers »...de la « nation » martiniquaise (n’ayant pu trouver d’autres concepts) ; tels que 1848 : abolition de l’esclavage en Martinique, 1870 : la révolte du Sud, 1946 : la départementalisation, 1974 sonjé, 1998 : cent-cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage et coupe du monde de football, le crash de 2006, 2008 : la mort du Père. Sonjé... nous étions unis.

En 2030, la diversité est vécue comme une chance et une opportunité. Il n’y a plus de pur sang, mais des cent pour cent humains, le mélange a subordonné les barrières. Mulâtres, Négres, Békés, bref...la classification sur la couleur n’existera plus. De nouvelles étiquettes ont déjà vu le jour, notamment les statuts : fonctionnaires, chômeurs, syndicalistes, patrons, ouvriers, le politique, étudiants, intellectuels, moutons, bergers, (car nous sommes toujours le berger ou le mouton de l’autre et inversement), etc...Les classifications sont-elles indépassables ?

Tout cela pollue notre vision. En 2030, l’Homme est toujours le même : il demande de l’amour, du respect, de la confiance, de quoi se nourrir et se loger pour sa famille, de la création artistique, agricole, littéraire, musicale, de la solidarité, le respect de son histoire, de son identité, de l’environnement... En 2030, si l’Homme sait que chacun en lui-même comporte une parcelle de l’autre, il sait également que tant qu’il y aura des Hommes, il restera des relents d’égoïsme, d’individualisme, de peurs, de cruauté, de classifications...Comment croire en l’Homme idéal alors qu’il est de la nature de l’Homme d’être destructeur ? Le pessimisme de la Raison face à l’optimisme de la Volonté et de la Foi...

Il nous est permis d’imaginer 2030, mais nous savons les complexités de l’Homme et de ce Monde...En 2030, l’Homme est acteur mais continue de s’interroger. Tous les jours, Il fait un travail sur lui-même.

En 2030, les Martiniquais sont ce Peuple-Relation inscrit dans un projet global ...un projet global martiniquais.

Le Projet global martiniquais 2030 : le pied bois

2030 : le pont construit en 2027 entre Sainte Lucie et la Martinique est un pur fiasco, la voie maritime connaît de nombreuses navettes trans-îles, plus économiques et plus rapides. Des turbines sous marines, utilisant les mouvements de la mer créent de l’énergie et un chercheur martiniquais (dans les registres, la couleur de peau n’est pas mentionnée), a découvert une nouvelle énergie issue de l’eau salée (On s’était beaucoup moqué de lui au départ).

La crise économique, écologique, le manque de ressources financières nous imposent au départ d‘agir par et pour nous-mêmes.

Le projet qui voit le jour, est largement inspiré par les principes et dimensions du développement durable (idéologie du XXIème siècle devant les urgences écologiques, sociales et économiques), de l’identité martiniquaise et caribéenne (devant l’urgence identitaire et sociale). Par ailleurs, des courants alternatifs ont vu le jour, de simples innovations sociales, économiques, environnementales, culturelles, politiques ont été traduites en politique.

Ce projet de développement respecte notre identité, notre environnement. Il a entre autres principes :

- le Principe de projet : les différentes actions individuelles ou collectives s’inscrivent dans le projet. Des hommes de bonne volonté se sont mis d’accord sur cet objectif.

-la démocratie participative : la population donne son avis consultatif sur toutes les lois et sur toutes les décisions publiques par le biais d’internet ou par voix de vote. Les citoyens peuvent participer en tant que conseillers, par quartiers, par communes et à l’échelle de l’île.

-Les droits et les devoirs de l’Homme sont garantis.

-le respect et l’affirmation de l’identité martiniquaise et le respect de la diversité culturelle

-l’appartenance à une géographie et un environnement singulier qu’il faut respecter

-l’économie est semi libérale et soutenable : Au-delà de marge précise, une partie des profits connaîtra un prélèvement pour être redistribué au pouvoir local dans l’intérêt général, on est dans une économie semi libérale (création de richesses, emploi et développement de l’entreprenariat à partir des principes du développement durable martiniquais). Une autre partie de l’économie est alternative, elle substitue progressivement par une production locale ce qui peut l’être et qui est importé jusqu’ ‘alors.

-l’aménagement du territoire est durable, il intègre les principes du développement durable.

Les branches de l’utopie

1. Sur le plan de l’identité

2030 : les avancées scientifiques de la nanotechnologie ont permis de résoudre d’énormes problèmes médicaux notamment en matière de peau. Cependant des chercheurs sont allés plus loin et proposent maintenant de changer de couleur de peau pour un certain temps. En Martinique, le débat est ouvert, certaines associations crient au scandale et revendiquent fortement le droit d’être noir. D’autres soulignent la liberté des uns et des autres de choisir. Les questions de fond sont les suivantes : Peut-on choisir sa couleur ? A-t-on le droit de choisir d’être noir ou blanc et de le rester ?

En 2030 : le martiniquais est fier. Mais pas de cette fierté qui exclut, qui dénonce l’autre. Non, il est fier d’avoir pu faire peuple du monde avec toute son histoire complexe. Il s’est réconcilié avec lui-même. En étant, il apporte sa modeste « plus value » à la richesse Monde. Il y a ainsi toujours un « nou » et un « yo ». Mais : « C’est en étant profondément enraciné que l’on est prêt à toutes les ouvertures ». Comme disait Césaire : « être poreux à tous les souffles du monde »...

Il y a un mois de commémoration de l’esclavage, de notre histoire commune mais également des différentes arrivées d’immigrés. Des espaces culturels, des cercles de paroles, des musées, des salles de vidéo-projection, expositions, concerts se multiplient. Ils valorisent l’africanité, la créolité, la caraïbéanité, l’européanisme, l’orientalisme, et toujours notre verticalité...

Des échanges se font avec des pays de tout continent et la diaspora martiniquaise est dans tous les pays, valorisant ces échanges.

Aussi, les jeunes ont la possibilité de connaître dès la Martinique, leurs lointaines racines mais ils peuvent également échanger avec des originaires qui vivent à l’étranger.

Les transports et navettes avec la Caraïbe sont devenus opérationnels, moins coûteux et plus simples. Il existe des appontements dans plusieurs endroits de l’île. Aussi, les échanges de tout ordre sont bien plus fréquents et les jeunes peuvent vivre les autres pays de la Caraïbe et les Amériques.

En 2030, l’Afrique est le nouvel eldorado. Sa nature ayant été préservée, elle nourrit une bonne partie du reste du monde. Elle rappelle les Etats-Unis du début du 20éme siècle sur le plan du cosmopolitisme. La Chine est la première puissance mondiale. Les échanges entre l’Afrique et la Martinique sont nombreux, d’autant que de nombreux jeunes émigrent ainsi qu’aux Etats-Unis.

En 2030, il existe un drapeau martiniquais qui fait écho à notre Histoire commune mais aussi à l’Histoire universelle… pour ne plus exclure.

En 2030, l’identité est Relation, un mouvement à partir duquel l’individu se définit au milieu et non plus à la périphérie des 10 milliards d’autres...


2. Sur le plan de l’organisation politique.

En 2030, la France est diversité en actes, le 1er ministre qui a un rôle de plus en plus secondaire est issu de ce qu’on appelait avant « les confettis de l’Empire ». Nous discutons selon un principe d’égalité mais en Communauté de valeurs. Rien ne différencie la Martinique d’un Etat du XXIème siècle. Un pouvoir local, sur un territoire avec une communauté de citoyens adhérant à un projet martiniquais. Celui qui cultive l’interdépendance dans un Monde de réseaux et d’alliances mouvants, multiples et croissants. De plus, les nouvelles énergies étant de plus en plus basées sur l’espace maritime, mouvement des vagues, mais aussi fond des mers, la richesse de l’ancienne France est d’avoir maintenue des relations avec ces pays d’outremer.

Notre rapport à la France est toujours important. Nous aimons toujours la France et de nombreux Martiniquais se sentent toujours profondément français. Mais elle n’est plus cet unique prisme. De nombreux martiniquais continuent à faire la navette vers Paris mais tout autant que vers les différentes capitales du Monde. En 2020, la France est devenue un Etat Fédéral. Une charte établissant notre nouvelle relation et nos valeurs communes est votée par la population à la majorité par référendum, avec des exigences et des garanties fortes sur le plan des droits de l’homme. Les échanges avec cette ancienne métropole sont devenus moindres et la production autonome martiniquaise est toujours plus importante. Nous sommes autonomes. Mais pas de cette autonomie qui est repli sur soi. Celle qui construit à partir de ses propres ressources mais en Relation. Celle qui construit non pas seulement avec la France, mais avec tous les pays de la Caraïbe et du Monde. Celle qui ne demande pas ce que le système peut faire pour elle, mais ce qu’elle peut apporter à ce système.

La Martinique est dirigée par un conseil exécutif regroupant un collectif de 10 élus à la majorité absolue, avec un Président élu au suffrage universel. L’équipe exécutive aura en charge d’exécuter le programme sur lequel elle est élue. La législation sera prise par l’assemblée des élus. Il n’y aura plus qu’une seule assemblée, qui ne regroupera que les organisateurs de projet de chaque territoire communale et les conseillers thématiques (culture, justice, économie, relations internationales, jeunesse,... MAPIPIS ). Les pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et les médias sont séparés.

Par ailleurs, la démocratie participative est toujours plus importante, avec des forums de discussion permanente sur les questions de société et en présence des élus et d’intellectuels. Les citoyens sont également appelés à donner leurs avis consultatifs par le biais d’internet sur chaque décision soumise à référendum. L’initiative pouvant être de leur fait ou des conseillers.

Le Conseil constitutionnel de l’ancienne métropole reste la dernière instance du système judiciaire qui dans son ensemble est resté fortement lié au système français.

Nous avons un rapport différent avec la Caraïbe car entre temps il y a eu quelques cyclones et tremblad qui nous ont imposé de nous parler, de travailler et d’échanger toujours plus. Par ailleurs, le pétrole et les nouvelles énergies ayant été trouvés dans la mer caraïbe, l’Association des Etats de la Caraïbe est une association aussi importante pour nous que l’Union Européenne à l’époque.

Ainsi en 2030, la Martinique a son drapeau mais il flotte 5 autres drapeaux à côtés : Union Européenne, Unité caribéenne, Communauté Française, Union des Amériques, Organisation Mondiale.

« Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir » Frantz FANON. AN V de la révolution algérienne.


3. Sur l’Education et la culture

2030, le système éducatif est un compromis entre tradition et nouveauté pédagogique. Les expériences des années 2020, où la machine avait remplacé totalement l’homme sont un échec. « Un enfant : un portable » n’est plus d’actualité. L’enseignement de plus en plus personnalisé annule l’échec et rend ainsi nécessaire la présence des pédagogues. L’enseignement est également compris comme le départ des nouveaux changements au niveau de la société.

Les enfants dés la maternelle ont le choix entre français, anglais, espagnol et créole obligatoires et d’autres langues optionnelles. Le but est donc d’en faire des citoyens capables de communiquer avec tous les voisins directs de notre île et même de plus loin. Ainsi, l’aspect linguistique n’est plus une barrière à un accès professionnel de nos jeunes martiniquais dans le bassin caribéen (et au-delà) mais bel et bien un atout concret.

L’histoire de la Martinique est abordée par grandes périodes et par thématiques, mais aussi celle de la Caraïbe et du Monde. De même, il est enseigné les matières scientifiques et des cours de citoyenneté.

La géographie et la culture martiniquaise avec ses traditions (contes, oralité, ladja et danmié, laso tè, imaginaires, carnavals,...) et penseurs (Césaire, Fanon, Chamoiseau, Glissant, Confiant, Placoly, Monchoachi, et d’autres…) sont également enseignés.

Le développement personnel basé sur la compréhension de l’autre, sur ses aptitudes à la communication font partie des programmes scolaires. Des entretiens avec des psychologues hebdomadaires sont possibles ou conseillés sur recommandations.

Des entretiens individuels des scolaires sont effectués chaque année pour faire le bilan de l’année, donner des perspectives et orientations. Un groupe partenarial aide à définir un projet pédagogique individuel au regard des potentiels de l’élève. Ce groupe comprend un psychologue, un conseiller d’orientation et les enseignants de chaque matière ainsi qu’un responsable d’activités culturelles et sportives.

Dès le primaire, un écolier pourra choisir un métier et observer activement un professionnel pendant une journée par semaine.

Chaque année dans le cadre de l’école, les – de 20 ans pourront avoir dans leur cursus un art (peinture, musique, théâtre, danse...) qu’ils pourront développer avec des professeurs spécialisés et artistes qu’ils pourront rencontrer à la demande.

L’enseignement a parmi ses objectifs d’avoir une partie des textes et ressources ayant comme thématique le développement durable. Des exercices sur les risques naturels sont déclenchés chaque mois. De même que le développement durable, le brevet de secourisme est une matière obligatoire au bac.

Chaque année, ceux qui sont à l’école ou en formation ont une Semaine appelée « Solidarité » où ils doivent faire une action solidaire, une Semaine « Nature », une action sur le respect de l’environnement et une journée appelée « Diversité », action sur la promotion d’une autre culture.

Les étudiants peuvent passer le diplôme de leur choix sur place car tout pourra être fait au local par le biais d’internet. Par contre, lors de leur formation supérieure BAC +3, ils pourront faire une année de stage à l’extérieur dans le pays de leur choix et dans le métier de leur choix.
Les étudiants en difficulté ont la possibilité d’avoir un suivi et des cours de soutiens par groupe et si besoin individuel.

La formation professionnelle, culturelle, agricole, médicale, artistique, journalistique, manœuvre sera permanente et tout au long de la vie.

Les échanges avec les autres pays sont facilités car tout martiniquais partant à l’étranger aura une mission de faire le lien avec le pays comme il le voudra. Cela pourra être des échanges commerciaux, des échanges culturels, des tutorats de jeunes, des échanges d’informations, …

Les échanges intergénérationnels sont favorisés. Chaque écolier peut recueillir le témoignage d’un « ancien » sur support audio, vidéo et papier et proposer une lecture et comparaison entre l’époque et maintenant.

Les parents peuvent être accompagnés par des spécialistes de l’éducation et il y a des écoles de parentalité qui sont mis en place.

Dans les différents quartiers, les parents se réunissent en groupe de paroles pour faire le point sur les activités des enfants et des difficultés éventuelles qu’ils rencontrent. Ils sont aidés par des intervenants extérieurs selon leurs difficultés. Chaque parent est responsable de son enfant mais il y a une entraide entre parents et responsables. Ainsi, un voisin peut dire à un enfant qui n’est pas le sien de veiller à ne pas faire n’importe quoi.

La Culture martiniquaise est notre vraie richesse. Il existe une production culturelle locale qui est reconnue à l’échelle Monde et exportée : cinématographique, picturale, musicale, ...

Dans les quartiers, il existe des écoles spécialisées en art et culture.

Il y a un festival culturel martiniquais de renommée internationale. Il se déroule dans les ruines de Saint Pierre. Toutes les rues sont piétonnes. On retrouve des expositions, plusieurs concerts « son et lumière ». Des pièces de théâtre ont également lieu dans les ruines. Certains concerts peuvent être suivis depuis la mer.





4. Sur le développement économique et social

2030, le problème de surpopulation est enfin réglé. Des surfaces habitables sous marines voient le jour en total respect de l’environnement. Les scientifiques se demandent encore quel est l’impact pour la santé de l’homme vivant dans ces espaces. Les nombreux aller-retour entre la mer et la terre annihile à première vue l’apparition de mutations. Après 5 ans d’expérimentation de ce mode de vie, les scientifiques constatent tout de même un renforcement du système immunitaire de l’homme.

La Martinique au lendemain de Février 2009 a continué à dépendre en partie de la France. Son système économique du « tout importation et de surconsommation » étant remis en question par le collectif du 5 février, se développe une réflexion puis une réalité de la production locale toujours plus importante.

-Sur l’alimentation : les jardins bokay se multiplient. Tous les espaces mobilisables pour planter sont répertoriés (terrasse, terrains en friche..). Il existe des forums et des conseillers pour accompagner les nouveaux producteurs. Progressivement la banane qui n’est plus exportée, est remplacée par des produits locaux, (des racines produites hors sol au départ). La production de viande est toujours plus intensive mais remplacée progressivement par du poisson. On s’est rendu compte que la viande était vraiment cancérigène.

Tout autour de la Martinique, il y a de nombreuses fermes aquacoles dans lesquelles sont conservées et exploitées des espèces endémiques en voie de disparition (oursins, lambis, soudons…) et d’autres espèces tropicales.

Des accords sont trouvés avec les îles voisines pour développer des espaces de protection et des espaces de reproduction de poissons très riches en protéines.

En 2020, la Martinique est pratiquement autonome sur le plan alimentaire. Seules les spécialités extérieures sont importées.

En 2030, il ne reste qu’un Mac DO en Martinique. En 2015, une entreprise martiniquaise a vu le jour : Kréol Vital. C’est une chaîne de restauration slow food à dimension internationale. Sont proposés au menu différents plats antillais, notamment à base de racines.

L’eau étant devenue une denrée rare mais toujours aussi nécessaire, la Martinique bénéficie de ses sources mais également de l’eau de mer qui, étant dessalée et purifiée, est l’une de nos productions exportées.

Du fait du travail actif de la diaspora, des investisseurs de pays proches comme lointains placent leur fonds dans certaines entreprises en partie nationalisées, notamment sur le secteur de l’énergie.

Les entrepreneurs et salariés ont vraiment l’impression de travailler pour le pays. Le rapport au travail a changé. On travaille pour soi-même, mais en fait pour sa famille. Bref, on est tous sur le même bateau.


-sur l’emploi et la solidarité

En 2030, il existe un forum de l’emploi qui relie internet, la télé, la radio et par sms pour toutes les offres d’emploi. Les procédures de recrutement sont plus transparentes et il y a de plus en plus de mise en situation dans le cadre de ces procédures. La prospective économique permet de déceler les métiers porteurs de demain. Les jeunes sont formés en ce sens.

Dans chaque quartier, la population étant devenue importante, il existe des services de proximité permanents (médecins généralistes, conseillers en matière d’Education, conseillers sur les prestations sociales, sur l’emploi, médiateurs...) : ils prodiguent les premiers soins, secours, conseils et un contact permanent des gens du quartier est possible, ils travaillent en réseau...

Il y a également des commerces de proximité qui proposent des légumes pays, des journaux, des produits de nécessité.

Il existe une instance pour lutter contre les discriminations.

Il existe une liberté d’entreprendre pour développer tous les petits services sans difficultés administratives.

Les services à la personne se multiplient.

Il existe toujours des prestations sociales pour se loger, pour répondre aux premières nécessités comme le revenu d’insertion, pour la santé... Il existe toujours l’impôt et celui-ci est toujours prélevé à hauteur des profits et revenus afin qu’il contribue à l’intérêt général, par sa redistribution, à ceux qui en ont le plus besoin.

Il existe des groupes d’intervention sociale pour le dialogue entre les parties aux conflits.

Il existe plusieurs réseaux structurés de volontaires, bénévoles, étudiants, salariés qui travaillent avec les services spécialisés pour intervenir sur l’errance, sur le dialogue social, la gestion des conflits, sur les risques sismiques, sur la santé, sur des travaux urgents, sur les urgences...

-Sur l’industrie :

Nous avons une production de vêtements martiniquais de renom. Les tissus sont importés en majorité mais localement, on a de plus en plus recours à des plantations de coton, de chanvre et du bambou.

Le Bambou est également un matériau de construction recherché.

Par ailleurs, des chaussures sont produites à base de pneus recyclés comme An tan l’Amiral.

Un scientifique ayant observé pendant de longues années des anciens rhumiers, a trouvé des vertus thérapeutiques au rhum. Dès lors, la qualité historique de notre rhum est plus que jamais mise en avant. Le Festival annuel Chimin Rhum permet la redécouverte des distilleries et le mystère des saveurs et accueille de nombreux touristes. Pourtant, l’alcoolisme ayant fait des ravages à une certaine époque, il est reconnu comme un médicament que s’il n’est bu qu’en très petite quantité. Le rhum a forte dose restant un poison. Sur le mystère des saveurs de notre rhum : « ils ont perdu leur temps », nous leur avons « fout’rien dit ». (Patrick CHAMOISEAU, Elmire des sept bonheurs)

Du sel est produit au regard des besoins locaux.

La Martinique produit également des fruits et légumes transformés pour exportation : fruits confits, jus locaux, confitures, pâtisseries, glaces, fruits séchés...en grande quantité. Il existe également une production d’huiles essentielles locales (citronnelle, basilic, cannelle...).

Le tourisme est avant tout culturel (histoire coloniale) et les bateaux croisières continuent de passer au loin. La Martinique reste un spot pour le surf, le golf, la danse, les percussions, la plongée sous marine, ...

Il y a de plus en plus de forfait tourisme type : découverte de la Caraïbe (avec plusieurs îles), tourisme d’affaires, tourisme culturel, tourisme vert, tourisme sportif, humanitaire, forfait personnalisé...Il y a des quotas de touristes et de périodes selon les saisons d’arrivées.

Nous avons inventé des procédés au regard de nos réalités financières, géographiques et climatiques. Par exemple, des plateformes pour agrandir par endroit l’île avec des matériaux recyclés ont été inventées afin d’y constituer des ports autonomes avec chambres à louer pour visiteurs, jardins créoles flottants et services intégrés. Un procédé cassant les vagues se déclenche lors des tsunamis. Les immeubles sont parasismiques, ils s’inclinent, se plient presque mais ne cèdent pas. Ces procédés sont exportés.


5. Sur la protection de l’environnement

Des campagnes de sensibilisation et d’action sont menées pas associations et politiques : campagnes de grandes envergures menées dans toutes les villes et communes de l’île. Ces campagnes sont régulières car les mentalités ne changent pas en un jour. Elles sont une véritable attraction pour petits et grands : des activités ludiques sont proposées, des exposés. Il s’agit de véritables moments de découverte et de rassemblement.

Elle devient une discipline à part entière dans les écoles et l’enseignement secondaire, au même titre que les matières littéraires ou scientifiques. La protection de l’environnement devient une discipline qui compte pour le brevet ou le bac.

Ainsi avertis et sensibilisés, la population en partenariat avec des chargés de mission, peut prendre l’initiative de la décoration des villes et des écoles, collèges et lycées: la pratique s’ajoute ainsi à la théorie. Ils participent ainsi à l’aménagement des espaces verts, de l’entretien et des plantations de fleurs et d’arbres...Cet investissement est devenu un nouveau mode d’expression pour ces jeunes. Ils peuvent ainsi donner libre cours à leur imagination : de nouveaux « paysages » apparaissent, surprenants les passants...Il n’y a plus de panneaux publicitaires.

Les jeunes, notamment les enfants, sont sensibilisés par des groupes d’anciens à la retraite à la faune et la flore. Ainsi, par le biais d’associations ou d’activités municipales, une journée hebdomadaire est organisée pour que ces enfants partent avec grands-parents et découvrent la terre et ses valeurs. Ils s’approprient ainsi la connaissance de leur environnement. Le lien est retissé entre les générations, les contes, légendes, savoir-faire de notre pays sont associés à l’environnement et ne se perdent plus dans l’oubli.

En 2030, les transports collectifs sont très efficaces, agréables et d’une ponctualité évidente : le martiniquais n’a plus à prendre sa voiture pour se rendre au travail. Ces transports se font par voie maritime (navettes) et continuent par voie routière (bus à horaires fixes, taxis collectifs rénovés). Les nombreuses carcasses de voitures sont recyclées et utilisées comme matériaux de constructions notamment pour les plates-formes côtières. Les voies maritimes ayant vraiment vu le jour, le réseau routier respire, les embouteillages ne sont qu’un mauvais souvenir. L’utilisation des canaux redevient possible grâce à un aménagement des rivières et canaux existants.

Les anciennes stations services sont devenues des points relais : avec toujours de l’énergie livrée, des boissons, mais aussi des bornes internet, la location de livres et films, des espaces de rencontres, la vente de produits de nécessité.

Les centres bourgs deviennent piétons. Les familles se retrouvent ainsi pour prendre l’air en fin de journée et des concerts et expositions sont dans les rues.

Les systèmes d’assainissement sont collectifs et généralisés.

En 2030, les constructions immobilières sont uniformisées: le paysage n’est plus gâché par la bétonisation. Les habitats ressemblent enfin à des constructions caribéennes, s’intégrant dans le paysage et utilisant des matières premières naturelles au maximum. Toute l’énergie autour de nous est utilisée: panneau solaire, recueillement de l’eau de pluie pour les travaux ménagers, pour l’arrosage de nos jardins...Le système de compostage est répandu : tous nos déchets de légumes et fruits retournent à la terre.

Des pistes cyclables sont construites un peu partout: Le vélo est utilisé de façon très répandue, pour se balader ou faire des trajets de courte ou moyenne distance. Les voitures individuelles restantes sont rares, elles fonctionnent à l’énergie est solaire

Un maximum de centres de recyclage voit le jour : chaque martiniquais a conscience de la nécessité de trier les déchets.

Des fermes d’algues se multiplient, elles préservent la faune sous marine et permet la ré-oxygénation des fonds marins.

La bande littorale est protégée face aux nouvelles constructions.

...

Conclusion

Oui, nous rêvons. Il ne s’agit là que d’une utopie mais le projet global martiniquais est à écrire ensemble. Suite à cette crise, il n’y aura pas de révolution, ni de changements tout de suite. Au départ, il s’agira de conventions signées et d’un peu plus de justice sociale. Mais il y aura une attente commune du changement. Il restera surtout cet esprit de résistance, toutes ces initiatives marronnes et culturelles. Les difficultés environnementales, économiques, financières, les échéances électorales, les états généraux, les choix de l’évolution statutaire vont ensuite nous obliger à décider d’un objectif commun. Tout le monde peut avoir son projet personnel ou collectif mais il s’insert dans un objectif commun : une Martinique verticale. Verticale de toutes ses racines, chaque individu est une force, un potentiel pour mettre en œuvre notre humanité, notre solidarité, notre savoir faire, notre savoir être, notre évolution, notre existence, notre relation avec l’extérieur, notre développement martiniquais. Il est urgent d’être fier de travailler ensemble pour le pays. Chacun peut avoir sa propre logique. Mais même en concurrence, nous devons être capables de nous rappeler l’objectif. Aussi, peut être que chaque martiniquais peut proposer, écrire, filmer, enregistrer, peindre, chanter, conter... son rêve pour 2030. Des projets en sortiront et nous devrons nous déterminer démocratiquement pour ce pays. Viendra l’heure du pied bois. Nous sommes autonomes au milieu de 6 millions d’autres. Notre île reste à écrire et à imaginer, par nous, au-delà des clichés et des aprioris. Parce que l’Utopie est nécessaire au changement...

E OU KI MANNIE OU KA WE 2030 ?

Collectif « racines Martinique »


Nicolas ARMET, Philippe NIJEAN, Mathieu PETIT, Malika MERCIER, Fabrice GUSTAV

A force d’en parler on s’est mis à l’écrire

(Ecrit jour de « couvre-feu » et échanges email à la suite)

Posté le 20 mars 2009 16:52 par Milo | Commentaires (0)

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