Martinique : Analyses et Commentaires | Volcan antillais

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LE MONDE | 15.04.09  

Les Etats généraux de l'outre-mer sont mal partis. L'initiative en a été lancée par Nicolas Sarkozy, début mars, pour tenter de sortir "par le haut" de la crise très profonde qui secouait alors la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion. Elle était pertinente : il s'agissait de consulter largement les citoyens et toutes les forces vives de ces départements pour restaurer la confiance et "refonder" la relation entre ces territoires lointains et la métropole.

Prévus du 15 avril à la mi-mai, ils devaient être ponctués ou conclus par un déplacement du président de la République aux Antilles. Or cette vaste et nécessaire ambition s'effiloche chaque jour un peu plus. Les collectifs de syndicats et d'associations qui ont conduit les grèves générales - LKP en Guadeloupe, collectif du 5 février en Martinique, Cospar à La Réunion - ont refusé de participer à ces Etats généraux. Elie Domota, leader du LKP, a résumé le sentiment général en déclarant qu'il ne voulait pas cautionner une consultation vécue comme un simulacre, puisque "tout a déjà été décidé par l'Etat". Les deux premières réunions publiques en Guadeloupe, mardi 14 avril, n'ont d'ailleurs attiré qu'une vingtaine de participants. Quant à la date du voyage prévu par M. Sarkozy, elle reste des plus floues.

C'est regrettable. Les longues semaines de grève générale contre la "profitation" ont pourtant mis en lumière les racines très profondes de la crise. Le secrétaire d'Etat à l'outre- mer, Yves Jégo, les résumait fort bien dans nos colonnes (Le Monde du 14 mars) : "En cinquante ans, en dépit de tous les efforts de l'Etat, l'autonomie économique des départements d'outre-mer a reculé, la dépendance à l'égard des importations s'est accrue, la capacité de production n'a pas progressé, le chômage est resté trois fois plus élevé qu'en métropole, les séparations sociales héritées du passé n'ont pas été surmontées..." Economique et social, le malaise est aussi identitaire : les citoyens d'outre-mer réclament respect et émancipation, rêvent d'autonomie, voire d'indépendance, mais savent combien le cordon ombilical avec la métropole reste vital.

Plus personne ne peut donc prétendre ignorer quoi que ce soit de ce malaise profond. La responsabilité impose d'y apporter remède. La tentation, à Paris comme aux Antilles ou à La Réunion, de différer ou esquiver un indispensable débat sur le fond des problèmes et de laisser à nouveau pourrir la situation serait la pire des solutions. Tant il est évident que, si la tension la plus forte est retombée, les volcans d'outre-mer ne sont pas éteints.

Posté le 15 avril 2009 12:47 par Milo | Commentaires (0)

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